Matthieu, apôtre de Jésus.

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20 Novembre 2001

Je suis heureux que tu m’aies immédiatement reconnu. Oui, c’est vrai, je suis Matthieu, l’apôtre de Jésus.45 Hier soir, j’étais déjà présent, mais tu étais très somnolent, je n’ai donc pas essayé de transmettre un message. Mais maintenant, ton état est vraiment favorable.

Je veux me présenter moi-même, afin que tu connaisses un peu mon histoire. Ma famille appartenait à la tribu de Lévi, c’est pourquoi les personnes m’appelaient habituellement Lévi, mais mon vrai nom est Matti bar Khalpay ou Matthieu, fils d’Alphée.

Néanmoins je ne suis pas ici pour te communiquer ma biographie, mais parce que j’ai observé avec beaucoup d’intérêt les livres que tu lis. Tous ont le même thème central : le sens que chaque homme  donne à sa vie, quoiqu’ ils soient le plus souvent incapables de trouver leur véritable but, et se résignent à la réalité que la société  a pourvu pour eux. En fait ma vie est un bon exemple pour illustrer ce point.

Tu sais que j’étais un de ces publicains méprisés, un collecteur d’impôts. J’ai dit méprisé, parce que personne, bien entendu, n’aime payer des impôts. Mais la vraie raison était que nous travaillions pour « l’ennemi ». Sans aucun doute, les impôts que nous collections allaient vers le trésor d’Antipas, mais tout le monde savait aussi qu’une partie était destinée à l’empereur Romain.

Eh bien, mon frère, commençons avec mon histoire. J’avais à peu près le même âge que Jésus – en fait, j’étais légèrement plus jeune, mais de peu. Judas a déjà décrit pour toi, grossièrement, la situation en Palestine, où nous avons grandi et vécu. Mais il ne t’a pas tout dit. C’est pourquoi je tiens à ajouter mon point de vue.

Je suis né dans la ville de Capharnaüm, ou Kpar Nahum, comme on disait, « la ville de Nahum », sur la rive de la Mer de Galilée. Est-ce que j’ai dit ville ? En fait, ce n’était pas une ville mais un village très important. Et la Mer de Galilée n’était pas une mer, mais un grand et très profond lac d’eau douce.

En suivant la rive au nord-ouest, on arrivait au fleuve Jourdain qui constitue la frontière entre les domaines d’Antipas et de Philippe. Nous pouvons dire que Capharnaüm était un village frontière et donc important, car il recueillait les taxes douanières. C’était aussi un port de pêche – et de contrebande, soit dit en passant – et par conséquent un lieu très lucratif pour les personnes qui savaient comment tirer parti des possibilités.

Mon enfance et ma jeunesse ont été très différentes de celle de Jésus. Il a vécu dans un confort relatif, alors que j’ai grandi dans une terrible pauvreté. Très vite, j’ai réalisé qu’il y avait des grandes tensions parmi le peuple. Tu sais déjà que la Galilée était un « repaire de brigands » comme le disaient les Romains ou  un fief de nationalistes comme le disaient les Juifs. Les zélotes avaient une grande influence et de nombreux adeptes. Finalement, certains d’entre eux se sont fatigués de tant de violence et se sont séparés du mouvement. Mais ils furent peu nombreux à le faire. Et parmi eux, un nombre infime a rejoint Jésus. Judas te l’expliquera. Je veux juste te dire qu’il en fut ainsi pour Simon le Zélote et les frères Zébédée. Oui, le Jean affectueux n’a pas toujours été si affectueux.

Personnellement je ne m’intéressais pas à la politique. Je n’étais pas un nationaliste, et je me n’étais pas du tout concerné par qui gouvernait le pays. Ce que je voulais était le bonheur, et pour avoir le bonheur, j’avais besoin d’argent, beaucoup d’argent. C’est ce que j’avais appris dans mon enfance difficile. Et, lorsqu’on m’a offert la possibilité d’obtenir un emploi comme un collecteur d’impôts, je n’ai pas hésité, j’ai saisi l’occasion.

Il y avait un chef publicain à Capharnaüm, et j’ai commencé à travailler comme l’un de ses assistants. Et j’étais très ambitieux. Lorsque le collecteur finalement se retira avec ses poches pleines de pièces de monnaie, je fus choisi comme son successeur. Je devais embaucher mes propres assistants et les payer de ma poche, mais c’était facile. Oh, les temps n’ont pas beaucoup changé. Lorsque le colonel de la police de ta ville organise une fête chez lui, il a besoin de cinq bouteilles de whisky. Et pour les obtenir, il dit à ses lieutenants qu’il en aura besoin pour 5h00 de  l’après-midi. Alors les lieutenants envoient les sergents et les policiers de terrain dans les rues pour verbaliser les citoyens, rassembler assez d’argent pour acheter huit bouteilles, car les lieutenants ne gagnent pas beaucoup d’argent, et ils veulent eux aussi leur part. Les policiers contrôlent les voitures et émettent  des amendes (afin d’acheter en fait dix bouteilles, car, bien entendu, ils aiment eux aussi faire la fête). Bien sûr, lors de la vérification d’une voiture, on peut toujours trouver telle carence ou telle autre. Ensuite, ils disent que la voiture n’est plus conforme aux exigences techniques et ne peut plus circuler. Ils doivent donc immobiliser la voiture. Mais les conducteurs ne s’inquiètent pas. Ils disent alors : « Ne soyez pas si strict, Monsieur l’agent. Je vous promets que je vais tout réparer immédiatement. Mais maintenant j’ai un déplacement urgent à effectuer. Laissez-moi simplement passer, je vous en serai très reconnaissant. » Et ils leur montrent le permis de conduire avec un billet au-dessous. Le policier examine le permis (pour la seconde fois) et si le montant du billet est correct, les déficiences techniques ne sont plus si graves, et tout le monde est heureux. En fait, pas très heureux, mais ils savent comment gérer les choses, et tout le monde est habitué à cela. Il y a deux mille ans, nous traitions les choses d’une manière très similaire.

Nous arrêtions fréquemment des contrebandiers, mais pourquoi les remettre aux soldats ? Afin qu’ils pourrissent dans les cachots du tétrarque ? Non. Nous traitions tout à notre façon, avec un assez bon espoir de les arrêter à nouveau et de répéter l’opération.

Mais le prix que nous devions payer était élevé. Les gens nous détestaient. Ils nous considéraient comme des traîtres, des collaborateurs de l’haïssable régent, la marionnette dont Rome manipulait les ficelles. Les gens nous craignaient, et nous-mêmes les craignions. Le mot paix, un tellement beau mot, n’existait pas pour nous.

Je recherchais le bonheur. J’avais trouvé l’argent, les femmes, les amusements, toutes sortes de luxe et de luxure, mais le bonheur ? Il n’était pas là. Il est dit que les gens riches ont inventé le dicton « l’argent ne fait pas le bonheur » afin que les pauvres ne le recherchent pas. C’était une très drôle et très incorrecte explication.

J’ai amassé des richesses, et j’ai perdu ma paix. Finalement, un jour, Jésus est passé devant ma cabane où je collectais les impôts, il m’a regardé, il a souri et m’a dit : « Suis-moi ! » Cette simple phrase, suis-moi ! Imagine cela ! Et je l’ai suivi ! Cela semble incroyable.

Bien entendu, je l’ai invité chez moi avec ses amis et il a accepté. J’étais stupéfait. Il acceptait l’invitation d’un publicain. Imagine la situation suivante, un Saint homme dans la maison d’un voleur pervers.

Nous avons festoyé joyeusement. Mes amis étaient là, aussi, ou plutôt, mes assistants, parce que je n’avais pas d’amis. En réalité, à cet instant j’ai réalisé qu’en fait, j’en avais un. Et les gens le critiquaient pour cette raison. Mais cela lui était égal. Tu te rends compte ? Il faisait ce qu’il pensait être juste, sans prêter attention à ce que les gens pouvaient dire. Oui, Jésus était vraiment un personnage passionnant. Il était et il est.

C’était ma fête d’adieu. J’ai démissionné. J’ai tout laissé derrière moi et je suis parti avec le Maître.

En fait, c’est une histoire très commune. Elle s’est produite maintes et maintes fois. Les gens se perdent dans leurs désirs, ou plutôt, dans ce qu’ils pensent être leurs désirs. Et ils ne trouvent pas le bonheur. Ils vivent malheureusement, remplis de crainte et d’agressions. Et, un jour, quelqu’un leur dit, « suis-moi ! » Malheureusement, il est très rare que cette invitation pour le changement soit acceptée. Les gens ont peur de leur propre courage. Et ils ne changent pas. Ils continuent avec leurs tâches ménagères, avec leurs agressions et leurs peurs, se mentant à eux-mêmes en disant qu’ils sont heureux.

J’avoue que j’ai eu de la chance. Tout le monde n’a pas la chance de rencontrer Jésus face à face, avec son charisme énorme. Non, peu ont eu cette occasion. Et encore moins ont su en profiter. C’est vrai, tout le monde ne peut pas rencontrer Jésus face à face. Mais tous peuvent le rencontrer. En fait, ils le font, mais ils ne changent pas.

Tu sais, parfois, ce réveillant appel à  changer  est un peu plus rude, ce n’est plus un simple « suis-moi », mais une vigoureuse secousse. Les gens considèrent cela comme une catastrophe, ils ne sont pas en mesure de regarder un peu plus loin. Quel dommage !

Je sais qu’il n’est pas facile de changer. Ce n’est pas facile de laisser une mauvaise vie et de la recommencer, dans le bon sens. Ce n’est pas simple. Tu peux être sûr qu’il y a des récompenses qui t’attendent et un épanouissement qui est au-delà de ton imagination. Mais il faut un peu de courage. Toutefois, cela en vaut la peine.

Eh bien, c’est tout ce que je voulais dire. Pour polir l’image que je viens juste de dessiner, je veux te dire que, après la mort de Jésus, je suis resté avec les apôtres et les disciples à Jérusalem. J’ai vécu la Pentecôte. J’ai pris note de ce que j’ai jugé important, et avec mes notes, je me suis dirigé pour la Syrie, où je suis resté plusieurs mois, et j’ai écrit ce qui fut le proto-Évangile selon Matthieu. Ce qui aujourd’hui apparaît dans la Bible n’est pas exactement ce que j’ai laissé. Mais cela, Judas te l’expliquera plus complètement ultérieurement.

De la Syrie, je suis parti pour la Perse, vers la zone au sud de la mer Caspienne. Et je suis resté là, prêchant et vivant en paix. Je fus un martyr dans le vrai sens du mot, un témoin de la Bonne Nouvelle de l’Amour Divin. Mais je ne fus pas tué. Je n’ai pas vécu jusqu’à un âge très avancé, mais j’ai succombé à une mort naturelle. Les nombreuses caravanes entre la Perse et la Palestine m’ont apporté la triste nouvelle de la mort de Steve, de Jacques le frère de Jésus, de Jean et de son frère Jacques, de Matthias et de la mort de beaucoup d’autres personnes. J’ai entendu parler des persécutions Juives contre certains groupes de Chrétiens, mais l’endroit que j’avais choisi était paisible.

Maintenant il est temps de s’arrêter. Ce fut un plaisir de transmettre ce message. Cette fois tu n’as pas eu peur en voyant un autre visage, parce que tu m’avais déjà vu auparavant. Mais même quand tu vois un visage inconnu, tu ne dois pas t’inquiéter. Judas est un excellent gardien. Personne ne va te faire du mal.

Puisse Dieu te bénir toujours.

Ton ami et frère,

Matthieu.

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45 Le portrait de Mathieu est donné lors du message : « la fuite en Égypte »

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